Vue sur la basilique de SIon depuis la croix Sainte Marguerite

Notre-Dame de Sion, Sanctuaire national de la Patrie française

Du haut de ses 545m d’altitude, la colline de Sion, au sud de Nancy, est le point culminant de la Lorraine en terme de collines. A son sommet, au Nord, le sanctuaire de Sion et sa statue de la Vierge viennent protéger le territoire lorrain.

Depuis le XVIème siècle, Sion a su s’imposer comme le sanctuaire lorrain à l’image de Saint-Nicolas-de-Port suite à la guerre de la fin du XVème siècle qui a opposé la Lorraine à la Bourgogne et Notre-Dame de Bonsecours à Nancy. Si la présence d’une sculpture miraculeuse de la vierge est plus ancienne, c’est durant la guerre de trente ans que le sanctuaire deviendra un sanctuaire national pour la population Lorraine. Cela est encore rappelé aujourd’hui sur le tympan de sa porte.

Tympan de la basilique Notre-Dame de Sion présentant les personages liés à l'église

L’origine du Sanctuaire

L’origine exacte d’une église sur la colline n’est pas connue avec exactitude. Si des traces du Vème siècle existent, il faudra attendre la fin du Xème siècle pour qu’un texte écrit fasse mention d’une église au sommet de la colline. On doit ce texte à Saint Gérard, évêque de Toul représenté agenouillé à droite, les mains jointes en tenue de prière. La tradition populaire a pris quelques libertés avec l'histoire et il n'est pas rare de lire qu'il est à l'origine du premier sanctuaire chrétien au sommet de la "Sainte Montagne".

Un Sanctuaire lorrain

Sous le règne du duc Charles IV, l’église sera complétée d’un couvent tenu par des tiercelins. Le duc de Lorraine et les religieux figurent également sur le tympan. Charles IV, courbé devant Notre-Dame de Sion tient dans sa main droite la couronne ducale qu’il doit à un miracle de la Vierge (Mais cela sera pour une prochaine histoire). Le tiercelin, debout et encapuchonné se tient derrière l’évêque de Toul.

Charles IV contraint à l’exil a fait de nombreux cadeaux aux religieux de la colline. Cette marque de dévotion a touché la population qui a entamé des pèlerinages, implorant la Vierge de ramener sur le territoire, la paix ainsi que le duc de Lorraine. Nombreux sont ceux à braver le froid, venant à pied depuis Vézelise ou Nancy pour implorer la protection divine et leur épargner les malheurs de la vie de l’époque.

Le 12 juin 1642, les bourgeois de Nancy apportèrent à Sion un ex voto sous la forme d’une statue dorée de la Vierge. Cette image tenait dans sa main un lys d’argent, symbole de paix1. Le 2 juin 1645, on rédigea un acte demandant à « la divine majesté » de ramener la paix dans les États et de permettre le retour du duc sur ses terres. On lui promettait ainsi un présent de six cent francs2. Le 2 octobre 1663 après la signature du traité de Marsal, cette promesse fut exécutée. L’offrande sera une lampe d’argent aux armes de la cité.

C’est le début des grands pèlerinages sur la colline inspirée.

Le Sanctuaire national de la Patrie française

1870 a été pour la Lorraine une année importante. Elle marque le début de la guerre entre la France et la Prusse ce qui conduira l'année suivante à l'annexion de l'Alsace et de la Moselle. Mais ce sera aussi une date majeur dans l'histoire du site de Sion puisqu'elle marquera l'autorisation par le pouvoir pontifical d'organiser le couronnement de la vierge de Sion. Cette période est représentée sur la partie gauche du tympan.

Cette année 1870, se tint le concile Vatican I. l'évêque de Nancy-Toul, Monseigneur Joseph-Alfred Foulon demanda au Pape Pie IX (1846-1878), le privilège du couronnement pour Notre Dame de Sion. Cette autorisation sera accordée par le Pape Pie IX selon ces termes :

« Rien ne peut nous arriver de plus désirable que de voir s'offrir à Nous une occasion propice et favorable de ranimer la ferveur languissante des fidèles, soit d'augmenter leur ferveur et leur dévotion envers la Sainte mère de Dieu […] C'est pourquoi Nous avons accueilli très-volontiers la prière de Notre Vénérable Frère Joseph, Évêque de Nancy et de Toul, qui a demandé la faveur de couronner en Notre nom la vénérable sainte et antique statue de notre céleste Patronne élevée dans un lieu célèbre de son diocèse appelé la Montagne de Sion, où viennent la prier et l'honorer d'un culte tout spécial, par de nombreux pèlerinages et des fêtes solennelles les fidèles des pays de Lorraine environnants ».3

La fête visant à célébrer le couronnement de l'image de Sion est fixée au 15 septembre 1870. La guerre franco-prussienne de 1870 empêchera le bon déroulé des festivités prévues par les autorités ecclésiastiques. Hors de question d'organiser cet événement sur une colline occupée par l'armée allemande ! On attendra jusqu'en 1873 et le départ des troupes d'outre Rhin le 31 août, pour relancer l'organisation d'un pèlerinage dédié à la vierge de Sion. L'annexion de l'Alsace et de la Moselle en 1871 et le sentiment amère de cette perte dans la population lorraine fera de cette fête, une fête religieuse mais également patriotique. Ce sera l'un des plus gros pèlerinages organisé sur la colline.

Mgr Foulon appellera au rassemblement lors de cette cérémonie. «Aujourd'hui que les armées étrangères ont enfin quitté le territoire de ce diocèse et qu'elles s’apprêtent à évacuer les derniers postes qu'elles retiennent en France, il est permis non point sans doute de se livrer à la joie, le souvenir de la Patrie mutilée et de l’Église en deuil nous interdira longtemps un sentiment de cette nature, mais du moins, d'accomplir enfin les solennités religieuses différées jusqu'à ce jour et de porter à Sion nos douleurs, nos vœux, et nos indomptables espérances. Et quel temps plus prospère pour demander à Dieu ses grâces ! Après une guerre formidable qui a désolé notre chère Lorraine et une paix désastreuse qui l’a mutilée ; au lendemain du départ des soldats étrangers qui foulaient depuis trois ans notre sol, qu’il sera à propos de mêler aux chants de la délivrance les prières du repentir et de se prosterner dans la douleur, afin de se relever dans l’espérance ! A côtés des bannières de Nancy, marcheront, douloureux souvenirs, celles de nos deux sœurs, Metz et Strasbourg. »4

Basilique de Sion en 1873

L'église de Sion est décorée pour l'occasion. Les bannières des différentes villes sont installées dans l'église. Celles de Strasbourg et de Metz, Château-Salin et Lixheim sont voilées du crêpe de deuil. Le 19 décembre 1918 après l'entrée des troupes françaises dans la ville de Metz puis le 26 décembre pour Strasbourg, Château-Salin et Lixheim, les crêpes sont retirées et remplacées par un flot de rubans tricolores.5

Concernant le côté religieux de la manifestation, le couronnement de la vierge est réalisé par le cardinal Mathieu (archevêque de Besançon). Est ainsi posée sur la tête de la Vierge la couronne réalisée à partir des bijoux que les nancéiennes ont bien voulu offrir à l'Église. Sont présents Monseigneur Foulon, évêque de Nancy-Toul, le révérend père Michaux de l'Ordre des Oblats de Marie Immaculée, qui gère le couvent de la sainte montagne ainsi que les évêques de Metz, Strasbourg, Verdun et Saint-Dié ainsi que Belley et Saint-Albert en Amérique du Nord.6

Statue de Notre Dame de Sion couronnée
Ce name po tojo

Au delà de la fête religieuse, ce sera également une fête patriotique. Des représentants de l'Alsace et de la Moselle annexées apporteront sur la colline un ex-voto, plaque de marbre noire symbolisant pour eux toute la confiance qu'ils portent en Notre Dame de Sion pour rattacher un jour à la France les contrées perdues. Sur cette plaque, une croix de Lorraine brisée, symbolise notre région meurtrie. Cette croix est accolées des mots espoirs et confiance, deux sentiments partagés par les lorrains et les alsaciens en cette fête toute particulière. L'espoir qu'un jour, les territoires perdus seront retrouvés, et la confiance portée envers Notre Dame de Sion pour réaliser ce souhait. La croix de Lorraine est couronnée d'une phrase en patois lorrain qui invoque toute la symbolique imagée par les divers éléments annonçant la raison d'être de l'ex-voto. Ce name po tojo ; Ce n'est pas pour toujours.

C'est à cette occasion qu'est hissée, au sommet du clocher, la statue de Vierge qui vient étendre ses bras protecteurs sur le territoire de Lorraine.

Statue monumentale de Notre Dame de Sion au sommet du clocher de la basilique

Le 10 septembre, lors de la grande messe pontificale, 35 000 fidèles étaient dénombrés sur la colline, certains journalistes n'en ont vu que 1500 à 2000. Le nombre de pèlerins entre les 7 et 16 décembre étaient estimés à 70 000.7

Les anniversaires de cette journée seront célébrés par la suite chaque année sans jamais atteindre les records de présence de l'année 1873 et ce jusqu'à la fin de la première guerre mondiale en 1918. Les premières traces de cette « victoire » sont les rubans tricolores qui remplacent les crêpes de deuil des bannières. Le pèlerinage traditionnel de septembre ne se prête plus à la supplique de mettre fin à la guerre et d'apporter la victoire aux soldats français mais s'oriente vers une journée de remerciements. Remerciements d'avoir mis fin à la guerre, remerciements de la part des soldats revenus du front en vie, remerciement des femmes d'avoir retrouvées leurs maris.

Ce nato me po tojo

En 1920, le 24 juin, sera organisée la fête de la « victoire ». Cette fête renouvellera presque l'exploit du pèlerinage de 1873. Présidé par Maurice Barrès, l'auteur de la colline inspirée. 30 000 personnes assistent à l'installation du second ex voto qui se veut être une réponse à celui de l'annexion : Ce n'ato me po tojo, ce n'était pas pour toujours. Barrès viendra recouvrir d'une palme d'or la brisure de la croix de Lorraine, geste symbolique signifiant ainsi la réunification de notre région.

Un sanctuaire dédié à la paix

Un troisième ex voto sera installé après la victoire de 1944 sous la forme d’une croix de Lorraine, symbole de Résistance et de la France libre. Mais au sommet une quatrième plaque a été déposée faisant de Sion un sanctuaire dédié à la paix et au rapprochement entre les peuples. Installé exactement cent ans après la première plaque, ce dernier ex voto, contrairement aux autres n’est pas rédigé en patois mais en français. Ce ne sont pas les locaux qui sont venus déposer cette plaque mais les allemands qui à travers ce geste ont montré l’avancée pacifique qui sera promise par l’Europe, à travers ce mot fort de sens : Réconciliation.

Autel de la paix, Notre Dame de Sion
Christ en Croix, Notre Dame de Sion
Basilique Notre Dame de Sion

1. Eugène Martin, Les grands pèlerinages de France, Notre-Dame de Sion en Lorraine, Paris, Letouzey et Ané, 1923, p. 36.

2. Eugène Martin, ibid, p. 37

3. Extrait du Bref du Pape Pie IX en date du 10 mai 1870.

4. Mgrs Foulon, in Journal de l'Ain, Lundi 20 avril 1874, 56ème année, n° 47.

5. E. Mangenot, Sion, son sanctuaire, son pélerinage, Nancy, Vagner, 1919, p. 660.

6. Philippe Masson, in Sion : une colline d'histoire sous la direction de Philippe Martin, Annales de l'Est n°2 – 2006, p. 153.

7. Philippe Masson, in Sion : une colline d'histoire sous la direction de Philippe Martin, Annales de l'Est n°2 – 2006, p. 153.

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2 thoughts on “Notre-Dame de Sion, Sanctuaire national de la Patrie française

    1. IL y a énormément de choses à Sion. Il y a la grande histoire mais il y a aussi plein de petites choses intéressantes et assez peu connues finalement.
      Mais l’histoire de la colline flirt souvent avec la légende. 🙂

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