Canal de la Marne au Rhin

NOS VILLES AU FIL DE L’EAU

Brichambeau, Nabécor, Boudonville, Saint-Jean, Grémillon, Prarupt, ce ne sont pas que des quartiers du Grand-Nancy, des noms de rues, des noms d’espace culturels. C’est un passé nancéien bien antérieur à sa création. Ce sont les ruisseaux qui coulent à travers la ville, enfouis sous nos pieds et parfois presque oubliés.

Réseau hydraulique de Nancy - ADUAN 2015 - l'Atlas

Réseau hydraulique du Grand-Nancy - Voir l'original dans l'Atlas 2015 - ADUAN p.45 - Agence Scalen

Quelques fois, ils se rappellent à nous, inondant nos rues pour que l’on n’oublie pas que Nancy est construite sur un marais et que depuis sa fondation les nancéiens ont du faire face à une rivière capricieuse et dangereuse et pourtant indispensable au développement de la cité.

Cette année 2019, la Cité des Paysages – Conseil Départemental de Meurthe-et-Moselle vous propose de redécouvrir le lien qui unit nos villes et nos cours d’eau. A travers un voyage dans le temps de l’époque Gallo-romaine à nos jours en passant par le Moyen Age et la Renaissance, retrouvez quatre dates, quatre époques, quatre villes du territoire Terre de Lorraine au fil de l’eau sur Nancy Découvertes | Le site - Nos villes au fil de l'eau.

Et pour vous donner l'eau à la bouche, parcourons le sous-sol nancéien à la recherche de ces cours d’eau et de l’origine de Nancy.

A l’origine de la ville, un chemin

La Meurthe n’est pas un long fleuve tranquille. Souvent hors de son lit, certains se souviennent encore des inondations de 1980 qui ont poussé à la réalisation de travaux le long du cours d’eau. Mais la Meurthe n’est pas le seul problème car de nombreux affluents prennent leurs sources sur les coteaux avant de rejoindre la plaine marécageuse. C’est entre le ruisseau Saint-Jean et celui de Boudonville que l’histoire de Nancy prend sa source au bord d’un chemin qui relie Metz à Saint-Dié et Épinal. Ce chemin est un axe commercial important qui va se renforcer à la fin du XIème siècle.

Le terrain n’est pas des plus hospitaliers et ce chemin n’est pas né du hasard. Formé par l’usage des hommes depuis des années, il marque la limite de la zone inondable de la Meurthe. L’Ouest de cette barrière forme une terrasse insubmersible et c’est là que Gérard d’Alsace (1051 – 1071) va décider d’édifier un petit gîte d’étape, qui, avec le temps deviendra la capitale du duché.

Promenez-vous dans la Ville Neuve et observez bien le tracé des rues. Elles sont toutes droites et perpendiculaires les unes aux autres. Contrairement à la Ville Vieille, la ville de Charles III a été pensée avant d’avoir été construite et cela s’en ressent dans son urbanisme.

Pourtant parmi toutes ces rues, l’une d’elle fait exception. C’est la rue Saint-Nicolas qui se poursuit rue du Pont-Mouja puis rue des Dominicains. L’ancien chemin devenu faubourg avec le temps a été préservé quand la nouvelle ville est sortie de terre. Les habitants n’ont pas été expropriés et le tracé n’a pas été rectifié et encore aujourd’hui cette rue sinueuse nous rappelle les origines de notre ville.

Implantation du chemin préexistant à la ville dans le tissus urbain

Représentation du chemin préexistant à Nancy dans le tissus urbain actuel

Mais si la rivière est encore visible dans le tissus urbain, que sont devenus les ruisseaux qui la nourrissent ?

Saint-Thiébaut / Saint-Jean

Qui ne connaît pas la rue Saint Jean à Nancy ? Et pourtant combien de nancéiens connaissent l’existence du ruisseau qui coule en parallèle le long de cet axe prenant sa source dans l’étang Saint-Jean (Appelé Saint-Thiébaut sur le plan de la Ruelle) nourri du ruisseau Sainte-Anne et avant cela de l’Asnée en rapport au lieu-dit où il prend sa source à Villers-Lès-Nancy ? Ce ruisseau a pourtant énormément servi à l’économie nancéienne par le passé. Les bouchers étaient installés à proximité. On trouvait le long de son cour dans la Ville Neuve, un moulin à l’endroit où le ruisseau entrait dans la ville, une batterie de chaudrons un peu plus loin ainsi qu’une teinture de draps, serges et estamettes installée en 1618. À la sortie de la ville se trouvaient les tanneries.

Moulin Saint-Thiébaut et batterie de Chaudron sur le plan de La Ruelle - Nancy 1611
Moulin Saint-Thiébaut et Batterie de chaudrons aujourd'hui selon le plan de La Ruelle - Nancy 1611

Le Moulin Saint-Thiébaut dans le coin inférieur droit de l'image aujourd'hui Agence Régionale de la Santé et la Batterie de Chaudron au dessus, aujourd'hui CCAS de Nancy.

boucheries de la ville neuve sur le plan de la Ruelle - 1611
boucheries aujourd'hui selon le plan de La Ruelle - 1611

Les boucheries de la Ville Neuve au n°30 sur le plan.

C’est sur ce ruisseau que passait le pont Mouja. Il existait dès 1589. Il conduisait devant la maison de Claudin Durand di Meugeart. Baptisé populairement pont Meugeart le nom évolua en Mouja. La légende veut qu’avant que le pont n’existe M. Meugeart posait une planche sur le ruisseau et exigeait une pièce d’argent à chaque passant qui l’utilisait pour traverser.1

Pont Mouja à Nancy sur le plan de La Ruelle - 1611

Christian Pfister relate également dans son histoire de Nancy qu’à partir du XVIIIème siècle, lorsque le ruisseau fut couvert, il était courant de citer par plaisanterie, le Pont-Mouja comme l’une des merveilles de Nancy !

Les égoutiers de Nancy vous font découvrir les secrets de notre sous-sol.

Boudonville

Ancien village également appelé Saint-Dizier par rapport au saint vénéré dans l’église communale. C’est aussi le nom d’un ruisseau qui y prend sa source avant de se jeter dans la Meurthe. A l’origine appelé ruisseau de la Boudière, l’eau du ruisseau de Boudonville a été rapidement capté pour être amené vers la Ville Vieille où elle nourrissait le fossé Ouest des fortifications de la ville. Aujourd’hui réintégré dans son cours naturel sous le faubourg des trois maisons et transformé en égout il rejoint la station d’épuration de Maxéville.

Au Moyen Âge, il devait également concourir à la salubrité de la ville en le faisant courir à ciel ouvert à travers les rues du vieux Nancy. Canalisé en sous-terrain sur son cour, il ressortait rue de la Source, descendait la rue du Cheval-Blanc et la place des Dames jusqu’à la rue du Moulin, entrait dans la rue du Maure-qui-Trompe et rejoignait un égout en direction de la source.

Il alimentait également des fontaines et puits de la ville mais servait surtout à l’économie de la ville ainsi la rue du moulin doit son nom au moulin actionné par la force hydraulique. C’est également ce ruisseau qui alimentait la boucherie et l’abattoir que René II fit installer sur la place Saint Epvre.2

Place Saint-Epvre - Nancy 1611

Place Saint Epvre

Si vous souhaitez découvrir les liens économiques entre la ville et ses cours d’eau, je vous propose une balade découverte de la Place Stanislas jusqu’au plan d’eau de la Méchelle. Pour mieux comprendre l’intégration du canal de la Marne au Rhin et son utilité dans l’évolution de la ville ainsi que les travaux réalisés pour limiter les inondations. Retrouvez cette visite dans l'agenda des visites.

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1. Christian Pfister, Histoire de Nancy T.2, p. 313 et suivantes.

2. Émile Badel, Dictionnaire historique des rues de Nancy de 1903 à 1905. Rue de la Boudière, p. 48 et suivantes.

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