Nicolas Fournier, seigneur d'Écrouves et de Grand-Mesnil, conseiller d'État et médecin des ducs de Lorraine Charles III, Henri II et Charles IV, et son épouse Madeleine (Musée Lorrain)

Visite Saint-Valentin : Un mariage protestant en terres catholiques : François d’Andelot et Anne de Salm

Les nobles étaient-ils heureux en mariage ? À voir le nombre de maîtresses que les princes collectionnaient, il n’est pas interdit de se poser quelques questions. Il faut bien avouer que les mariages arrangés ne liaient pas souvent deux âmes sœurs. Pourtant, même si à cette époque l’amour vient après la raison, il a quand-même existé quelques exemples de mariages heureux, à l’image de celui de François-Étienne de Lorraine et de Marie-Thérèse d’Autriche ou avant eux, Léopold et Elisabeth-Charlotte. En ces temps de Saint Valentin, le sujet est de rigueur.

Quelque fois, il arrive que deux personnes tombent amoureuses, mais ce sont les autres qui voient d’un mauvais œil l’union, des parents, voir même la société toute entière. Dans ces conditions, il faut savoir braver les interdits pour espérer se marier. C’est ce que relate Christian Pfister dans son Histoire de Nancy à propos de François d’Andelot, le jour où il vint épouser Anne de Salm à Essey-Lès-Nancy où elle possédait le château de la famille d'Haussonville (Vous pouvez retrouver l'article sur l'église Saint Georges).

A la fin du XVIème siècle, dans une lorraine gouvernée par un duc très catholique, les protestants avaient la vie dure. Même si quelques personnes ont été condamnées au bûcher la plupart ont pu garder la vie sauve à condition de cacher leur confession ou tout simplement en cherchant refuge loin d’ici, à l’image de Ligier Richier, sculpteur de génie, qui finit ses jours à Genève. Vous trouverez une brève histoire du protestantisme en Lorraine dans l'article consacré au temple protestant Saint-Jean, Place Maginot.

Revenons à Essey. À cette époque, Anne de Salm trouvait un certain intérêt pour le calvinisme. Elle était la veuve de Balthasar d’Haussonville, gouverneur de Nancy et grand maître de l’hôtel de Charles III (rappelez vous le bastion sous le musée des Beaux-Arts). François d’Andelot, l'un des principaux chefs huguenot pendant les guerres de Religion, en tomba amoureux et décida de l’épouser. Il était impensable dans la noblesse nancéienne que l’on cède à l’hérésie et la famille de la futur mariée fit tout son possible pour qu’elle renonce à un tel mariage. Mais son choix était fait !

Portrait de Louis de Guise, Cardinal de Lorraine
Portrait de Louis de Guise, Cardinal de Lorraine

Portraits de François d'Andelot de Coligny, Atelier de François Clouet. À gauche, vers 1555 - Chantilly, musée Condé. À droite, Paris BNF

François d’Andelot se rendit à Nancy en 1564 avec quatre-vingts chevaux, bien décidé à épouser la belle, et demanda à entrer dans la ville. Le duc Charles III attendait ce même jour le cardinal de Lorraine, il lui fit répondre qu’il était impensable qu’un hérétique puisse demeurer dans la même ville qu’un prince de l’Église. D’Andelot mis à la porte de la capitale prit la route d’Essey et se fit accueillir au Haut Château sous les salves d’arquebuserie. On entendit les détonations jusque de l’autre côté de la Meurthe ou le cardinal de Lorraine, et le jeune Henri de Guise seulement âgé de 14 ans assistèrent - de force – à ces célébrations depuis le palais ducal. Henri de Guise qui jouera un rôle dans la lutte contre le protestantisme en France et prendra part au massacre de la Saint Barthélemy en 1572 aurait dit en entendant les coups de feu au loin qu’ « il ne désirerait que d’avoir quelque arquebuse à croc qui pût tirer contre ces vilains ».1

Portrait de Louis de Guise, Cardinal de Lorraine

Portrait de Louis de Guise, Cardinal de Lorraine

Portrait d'Henri, duc de Guise

Portrait d'Henri, duc de Guise

Comme il était interdit de célébrer les offices protestants en territoire lorrain, on ne signa que le contrat à Essey avant d’y faire la fête pendant trois jours. Passé les festivités, « Madame d’Andelot monta en croupe derrière son héros, et disant adieu à ses biens, le suivit, fière et pauvre ».2 Ils prirent la route du territoire messin ou le mariage fut célébré au château de Montoy le 2 septembre 15643.

Si vous voulez plus d'histoires d'amour, je guiderai deux visites spéciales Saint-Valentin pour Destination Nancy - Office de Tourisme. La visite d’une durée d’une heure sera complétée par un apéritif chez Les Domaines autour d’une coupe de champagne. Retrouvez les dates sur mon site dans le calendrier des visites.

Et pour compléter cet article, quelques couples célèbres mais pas forcément protestants. En haut d'article : Nicolas Fournier, seigneur d'Écrouves et de Grand-Mesnil, conseiller d'État et médecin des ducs de Lorraine Charles III, Henri II et Charles IV, et son épouse Madeleine (Musée Lorrain).

Portrait de couple : Charles III duc de Lorraine et son épouse Claude de France.

Portrait de couple : Charles III duc de Lorraine et son épouse Claude de France

Mariage de Chrétienne de Lorraine, fille de Charles III avec Ferdinand 1er de Médicis, grand duc de Toscane, le 3 mai 1589 - Gravure de Jacques Callot

Mariage de Chrétienne de Lorraine, fille de Charles III avec Ferdinand 1er de Médicis, grand duc de Toscane, le 3 mai 1589 - Gravure de Jacques Callot

Rembrandt van Rijn, portrait de Marten Soolmans, 1634 (Rijksmuseum) et portrait de Oopjen Coppit, 1634 (Musée du Louvre)

Rembrandt van Rijn, portrait de Marten Soolmans, 1634 (Rijksmuseum) et portrait de Oopjen Coppit, 1634 (Musée du Louvre)

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1. Christian Pfister, Histoire de Nancy T.2, p.117. [lire en ligne]

2. Lettre du baron de Bollwiller au cardinal de Granvelle (Florimont, 4 septembre 1564) in Ch. Pfister, Histoire de Nancy T2, p.117.

3. Dom Meurisse, Histoire de l’hérésie à Metz et dans le pays messin, p.266. In Ch. Pfister, Histoire de Nancy T.2, p.118.

2 thoughts on “Visite Saint-Valentin : Un mariage protestant en terres catholiques : François d’Andelot et Anne de Salm

  1. Je ne connaissais pas cette histoire, merci beaucoup !! Il y a aussi celle de Nicolas-François et Claude de Lorraine, qui fuirent Nancy au nez à la barbe des Français, mais j’imagine que tu en parles dans tes visites, alors chut 😉

    1. Oui je connais cette histoire 🙂
      Il y a deux-trois histoires bien sympa concernant les évasions de Nancy au même moment où Nicolas-François et Claude prennent la fuite. Ça m’est arrivé d’en parler.
      Mais plutôt autour du premier avril. 😉

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