Vue sur Nancy et l'église Saint-Georges d'Essey-Lès-Nancy

Essey-Lès-Nancy, l’église Saint-Georges, tombeau de Jean d’Haussonville

Le Grand Nancy possède un patrimoine formidable. À deux pas de la place Stanislas ou dans les communes avoisinantes, il y a des édifices, qui, aujourd’hui encore, trônent fièrement, témoins de l’histoire de cette capitale de la Lorraine devenue métropole. Ce blog vous emmènera à la découverte de la capitale des ducs de Lorraine et de sa région, de son patrimoine mais également de ses habitants passés et présents qui ont fait et font encore aujourd’hui l’histoire du territoire. En espérant vous donner l'envie de faire de belles balades ou de suivre mes visites guidées.

Commençons cette nouvelle aventure à Essey-Lès-Nancy, sur les côtes de la butte Saint Geneviève où par le passé un oppidum leuque dominait la vallée de la Meurthe (Pour approfondir le sujet, je vous invite à lire l'article très complet d'Alexandrine de Rêveries Modernes sur les origines de Nancy). C’est en contrebas, accolée au Haut-Château que l’église Saint Georges a été construite, surplombant le village reconstruit sur la route de Château-Salin après les guerres du XVIIème siècle. Cette église, c’est celle de la famille d’Haussonville et plus particulièrement de Jean de Haussonville. « Baron, chevalier en son vivant, Sénéchal de Lorraine, Baillie en l’évêché de Metz ».

Notre Dame de la Libération devant l'église Saint Georges d'Essey-Lès-Nancy
Chevet de l'église Saint-Georges d'Essey-Lès-Nancy
Église Saint Georges d'Essey-Lès-Nancy

Jean d'Haussonville

Né vers 1475 sous le règne du duc René II, il meurt en 1545 sous le règne du très jeune Charles III alors âgé seulement que de quelques mois. Le nom d’Haussonville n’a pourtant pas toujours brillé dans l’histoire de Lorraine et Jean d’Haussonville a du composer avec les actes de son père. Alors qu’en 1475, le duc René II dû renoncer à Nancy dans sa lutte contre le Téméraire, une partie de la noblesse Lorraine prit le parti du bourguignon. Parmi les noms de ces « collaborateurs » Balthasar d’Haussonville, père du seigneur d’Essey, qui prêta serment d’allégeance envers le nouveau duc de Bourgogne et de Lorraine[1]. René II et ses successeurs tiendront très peu rigueur de cet acte de trahison aux descendants de Balthasar d’Haussonville puisque Jean deviendra Sénéchal de Lorraine (Officier de justice). Son fils, Balthasar, deuxième du nom sera Grand Maître de l’hôtel ducal et Gouverneur de Nancy. Le bastion visible dans le sous-sol du Musée des Beaux-Arts doit notamment son nom à ce gouverneur. Jean d’Haussonville, quant à lui, contribuera à l’édification d’un des plus beaux hôtels particuliers de la vieille ville.

L’hôtel d’Haussonville

Sa cour intérieur richement décorée et visible depuis la rue en fait une attraction de premier ordre pour qui veut découvrir le Nancy de la Renaissance. Le bâtiment a été construit entre 1528 et 1543[2]. On peut encore y voir aujourd’hui sa double galerie témoins d’un style de transition entre le Moyen Âge et la Renaissance. Les courbes et contres courbes du style gothique ornent la galerie du premier étage tandis qu’au second, ce sont les colonnes qui rythment la façade. À noter le superbe travail de sculpture pour les décorations en caissons qui ornent le dessous de la galerie Renaissance. On peut également noter la présence d’une coquille mais également d’une porte qui prenait place auparavant sur l’hôtel des deux sirènes rue Saint Michel et qui présente la perspective telle que théorisée par Alberti, mathématicien et architecte italien. Enfin, la fontaine de Neptune apportait autrefois un confort important pour cette maison de ville : l’accès à l’eau courante. Si ce n’est pas directement dans la cuisine, il y a tout de même une source accessible dans l’enceinte de la propriété qui évite d’aller puiser l’eau à la fontaine municipale.

Malheureusement, Jean d’Haussonville ne profita pas de l’hôtel particulier qu’il a fait construire et c’est son fils, Balthasar qui en fut le premier occupant et c’est à Essey-Lès-Nancy que Jean d’Haussonville trouva sa dernière demeure.

Cour intérieur de l'hôtel d'Haussonville - Nancy - Architecture Renaissance
Fontaine de Neptune dans la cour intérieur de l'hôtel d'Haussonville - Nancy

L’église Saint Georges

Jean d’Haussonville a été inhumé au sein de l’église Saint Georges d’Essey-lès-Nancy où sa première épouse, Magdeleine d’Haraucourt reposait déjà. Catherine de Heu, sa seconde épouse, les rejoindra plus tard. Si ce n’est pas lui qui fit bâtir le lieu – il existe des traces d’une église à Essey depuis 770[3] – il a très certainement contribué à ce qu’elle est devenue. Le clocher encore visible aujourd’hui a été édifié entre le XIème et le XIIème siècle[4]. Il jouxtait l’ancien château fortifié qui se trouvait à l’emplacement du château actuel. Une fenêtre taillée comme une archère à la base de la construction permet même de supposer que l’usage originel de cette tour était plutôt défensif avant de se voir construire une église accolée et en devenir le clocher. Sa nef fut élevée de quelques mètres au XVème siècle et le style roman laissa place à des baies gothiques. Le premier clocher, rattrapé par le faîtage du toit, fut également surélevé pour culminer à 26m de haut.

église Saint Georges d'Essey-Lès-Nancy - Clocher du Xème - XIIème siècle

L’intérieur présente des voûtes gothiques reposant sur des piliers rappelant le style de la Renaissance Lorraine. Jean d’Haussonville aurait-il fait aménager l’intérieur de l’église de son vivant ?

Nef et Choeur de l'église Saint Georges d'Essey-Lès-Nancy

Les vitraux du XIXème siècle présentent les saints vénérés en Lorraine et en lien avec l’église et le village d’Essey. On y trouve ainsi Saint-Georges, sous le vocable duquel l’église est consacrée mais également Jeanne d’Arc. Posé en 1929, date du 500ème anniversaire du commencement de son épopée, le vitrail forme un triptyque. Elle est accompagnée de ses voix, Sainte Catherine d’Alexandrie et Sainte Marguerite d’Antioche. Enfin sur son étendard apparaît Saint Michel. Elle porte le blason de sa famille anoblie par Charles VII après ses faits d’armes et sa devise faussement attribuée : Vive Labeur.

L’église était autrefois entourée de vignes. Les vignerons du village n’ont pas oublié de représenter Saint Vincent, sans oublier Saint Nicolas! Enfin, le chœur est orné de trois vitraux signés Georges Janin représentant l’annonciation, la crucifixion et la résurrection.

Vitrail de Jeanne d'Arc - église Saint Georges d'Essey-Lès-Nancy
Vitrail de Saint Nicolas, Saint Joseph et Saint Vincent - église Saint Georges d'Essey-Lès-Nancy
Vitraux du choeur de l'église Saint Georges d'Essey-Lès-Nancy - Georges Janin
Vitrail de l'église Saint Georges d'Essey-Lès-Nancy - Georges Janin - La résurrection
Vitrail de l'église Saint Georges d'Essey-Lès-Nancy - Georges Janin - La crucifixion
Vitrail de l'église Saint Georges d'Essey-Lès-Nancy - Georges Janin - L'annonciation

Mais le trésor de cette église repose dans ses dalles funéraires rappelant l’importance des seigneurs d’Essey sur le territoire de la commune.

Les tombeaux

Autrefois posées au sol, les dalles funéraires ont été relevées depuis. Probablement au moment où le carrelage au sol a été posé. Jean d’Haussonville repose au côté de ces deux épouses[5].

Tombeaux de la famille d'Haussonville - Essey-Lès-Nancy

Habillé de son armure de chevalier, l’épée à son côté, ses différentes possessions sont rappelées par les armoiries disposées autour de son corps.

« Ci git Messie Jean de Haussonville, Baron, Chevalier en son vivant senechal de Lorraine baillie en l’evéché de Metz qui épousa en première noce dame Madeleine de Haraucourt et en seconde dame Catherine de Heu qui deceda le 28eme d’août 1545 et a fondé a cette chapelle une messe avec la passion par chascun jour pour prier dieu pour son âme. »

Sa seconde épouse a été placée directement à ses cotées.

« Ci git honorée dame Catherine de Heu, femme en secondes noces a honoré seigneur messir Jeahan de Haussonville, seigneur du dict lieu d’esse, seneschal de Lorraine, qui trespassa le 8ime jour de février 1571, priez dieu pour elle »

Finalement, sa première épouse, mise un peu à l’écart et pratiquement illisible.

« Ci git feue et honorée dame, magdeleine d’haracourt, jadis feme de honoré sire messire jeahan de haussonville chevalier, seigneur dudit lieu et dessey en partie ce bailly de l’eveché de Metz, qui trepassa l’an 1519 le 15 septembre, priez dieu pour elle. »

Dalle funéraire de Jean d'Haussonville, seigneur d'Essey - église Saint Georges d'Essey-Lès-Nancy
Dalle funéraire de Catherine de Heu - église Saint Georges d'Essey-Lès-Nancy
Dalle funéraire de Magdeleine d'Haraucourt - église Saint Georges d'Essey-Lès-Nancy
Reproduction de la dalle funéraire de Jean d'haussonville - église Saint Georges d'Essey-Lès-Nancy
Reproduction de la dalle funéraire de Catherine de Heu - église Saint Georges d'Essey-Lès-nancy
Reproduction de la dalle funéraire de Magdeleine d'Haraucourt - église Saint Georges d'Essey-Lès-Nancy

La litre funéraire

Entourant l’ensemble de l’édifice à l’intérieur et bien visible dans le chœur, une bande noire fait ressortir la destination de cet édifice. Il s’agit d’une litre funéraire ou litre seigneuriale. Cela faisait partie des prérogatives seigneuriales au même titre qu’un noble qui avait contribué à la construction d’une église pouvait faire apparaître ses armoiries sur celle-ci, il pouvait faire peindre une litre à l’intérieur[6]. L’ensemble de l’église est ceinturée de cette marque de deuil.

Généralement peinte ou constituée d’une bande d’étoffe, elles avaient un rôle provisoire, servant à l’occasion de la cérémonie d’enterrement. Ainsi assez peu nous sont parvenues. On en retrouve encore quelques unes protégées du temps par des modifications des édifices (derrière le bois d’une chaire à prêcher, sous un enduit etc.). Celle d’Essey a été retrouvée sous un enduit en 1985.

Si aucune inscription ne permet de dater avec précision quand cette litre a été peinte, les armoiries d’Haraucourt laissent présager que cela a été fait à l’occasion de l’enterrement de Magdeleine d’Haraucourt à la demande de Jean d’Haussonville.

Litre funéraire dédiée à Magdeleine d'Haraucourt - église Saint Georges - Essey-Lès-Nancy
Détail de la litre funéraire de l'église Saint Georges d'Essey-Lès-Nancy présentant les armoiries d'Haraucourt

Depuis cette époques, il y a eu de belles histoires sur la commune d’Essey. Si celle-ci concerne un deuil, le haut château accueillera quelques années plus tard un mariage qui ne sera pas forcément au goût des nancéiens de l’époque. Mais ça, ce sera pour un prochain article.

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Sources

1. ↑ Christian Pfister : Histoire de Nancy T.1. - pages 409 et 410 [lire en ligne]

2.Christian Pfister : Histoire de Nancy T.2. - pages 283 et 284 [lire en ligne]

3.Cédric Moulis : La tour-clocher de l’église Saint-Georges d’Essey-Lès-Nancy (Xième-XIIème siècles) – Rapport de sondage archéologique 2016

4.Idem

5.M. Lang : Notice sur l’Église d’Essey-Lès-Nancy – Mémoires de la Société d’archéologie Lorraine [lire en ligne]

6. Wikipédia - Litre Funéraire

6 thoughts on “Essey-Lès-Nancy, l’église Saint-Georges, tombeau de Jean d’Haussonville

  1. Bravo pour ce premier article, super intéressant ! J’ai bien aimé le fait de « raccrocher » l’église d’Essey à l’hôtel d’Haussonville. C’est logique, mais ça permet de coller des morceaux d’histoire qu’on ne sait pas forcément être liés !

  2. Article fort instructif. En effet, comme le dit le précédent commentaire, il est intéressant de lier la « Maison du Bailli » à l’église St-Georges. J’étais enfant, mais je me souviens de la découverte des dalles funéraires à l’occasion d’une lourde restauration sur le mobilier d’église et la tribune de l’orgue.

    1. Merci pour votre commentaire. L’église Saint Georges est très riche. Je ne voulais pas trop m’éloigner du fil rouge qui est Jean d’Haussonville mais il y a également des dalles funéraires d’anciens curés de la paroisse, une fresque de l’annonciation en très mauvais état et une pleureuse attribuée à l’un des sculpteurs de Stanislas ainsi que deux tableaux dont un classé monument historique. L’association Essey l’Histoire proposera très certainement une visite du site en cours d’année. Je la ferai apparaître dans mon agenda des visites .

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